Le gaz et le vin


Amis ou ennemis, le vin et les gaz se sont toujours fréquentés. Le maître de chai a de tout temps travaillé avec les gaz, en s'en protégeant, comme du gaz carbonique dont on connaît bien les risques et de l'air qui peut occasionner des oxydations non désirées. Mais, il sait aussi les utiliser à son profit : le CO2 plus lourd que l'air protège de l'oxygène, et l'oxygène bien maîtrisé est un atout pour la réussite d'un vin. Le gaz peut être amené au contact direct du produit (vendange, moût, vin) pour provoquer ou prévenir des réactions physico-chimiques. Il peut être un consommable dans un équipement vinicole de type groupe frigorifique ou chaudière. Hormis les réfrigérants et les combustibles, l'ozone (utilisé en désinfection et désodorisation) et le dioxyde de soufre dont il faut diminuer les doses en raison de risques potentiels sur les personnes sensibles, les gaz utilisés en œnologie sont des corps purs ou des mélanges tels que l’air ou autres combinaisons.

Le gaz Carbonique

Le CO2 est omniprésent en œnologie. Dans les Crémants il donne la fraîcheur, la finesse, l’originalité et l’élégance des grands vins mousseux. Dans les vins blancs et rosés ou clairets il donne l’équilibre indispensable avec des teneurs voisines de 1g/l. Dans tous les vins le CO2 a une influence considérable sur la dégustation. Ajoutez 300mg/l et le vin devient pétillant et agressif, enlevez 300mg/l et le vin devient fade. L'injection de CO2 permet d'accroître la teneur en gaz carbonique dissous dans les vins. C'est la carbonication. La décarbonication peut être obtenue par injection d’azote qui, au cours de son transfert dans le vin, entraîne les gaz dissous en forte proportion. Un vin rouge de Bordeaux qui contient plus de 500 mg/l de CO2 dissous peut être mal apprécié par le consommateur. La mode, discutable, de ne pas ou peu soutirer les vins rouges peut entraîner un léger excès de CO2 à la mise en bouteille, préjudiciable à une bonne dégustation. Le gaz carbonique est un produit naturel du vin, il permet de le protéger mais c’est un gaz qui nécessite toute une gestion spécifique. Le dosage est aujourd’hui facile et précis et le vin n’en sera que plus apprécié.

 L’oxygène

L’oxygène est indispensable à la vinification mais il est aussi responsable des dégâts d'oxydation. L’oxygène influence l'évolution des caractères organoleptiques des boissons. Déjà Pasteur avançait que l'oxygène est le pire ennemi du vin mais aussi c'est l'oxygène qui fait le vin car c'est par son influence qu'il vieillit. Il est communément admis en œnologie, que l'oxydation poussée est plutôt défavorable, alors qu'une dissolution lente et continue est susceptible de jouer un rôle positif sur l'évolution des vins. Si l'on veut être en mesure, d'une part, de se prémunir des risques encourus, et de favoriser, d'autre part, les effets bénéfiques de l'oxygène, il est nécessaire de connaître les conditions qui gouvernent la dissolution et la consommation de l'oxygène par les vins. La maîtrise de l’oxygène dissous, que l’on est capable aujourd’hui de vérifier en condition de production et même dans une bouteille après bouchage ou une canalisation en continu, est une marge de progrès œnologique considérable pour les années à venir. Les œnologues sont désormais capables de réaliser ces mesures et permettre ainsi un contrôle, que l’on peut qualifier de révolutionnaire, de l’évolution du vin en élevage et après sa mise en bouteille. Il s’agit désormais de maitriser l’avenir du vin après son conditionnement.

 
Les gaz neutres

Après l’addition de produits œnologiques, l’assemblage, ou lors des remontages en fermentation alcoolique, l'homogénéisation peut être réalisée par injection de gaz Le remplacement de l'air par un gaz neutre tel que l’azote ou l'argon additionné de gaz carbonique permet de maintenir les cuves en vidange tout en les protégeant de l'oxygène de l'air et de réduire la dose de SO2 utilisée. La présence de gaz carbonique dans le mélange permet d'éviter une décarbonication. À l'image de la viticulture, l'œnologie devient une œnologie de précision et les gaz utilisés aujourd'hui en cave vinicole le prouvent.

L’Ozone


L'Ozone est de l'oxygène enrichi, composé de trois atomes d'oxygène (O3), instable et se décomposant avec une certaine facilité en oxygène normal et un atome d'oxygène, qui est un puissant oxydant. La désinfection par l'oxygène triatomique est produite par la lyse ou rupture des parois des cellules. L'Ozone est considéré comme le désinfectant avec la plus grande efficacité microbicide qui nécessite des temps de contact assez courts. Il a été démontré lorsque l'ozone est transféré à l'eau par un mélangeur en ligne sans mouvement, que les bactéries sont détruites en deux secondes: L'ozone élimine également par oxydation les odeurs telles que celles des eaux usées et les mercaptans. L'ozone est utilisé dans le secteur alimentaire principalement pour la décontamination des surfaces des produits et pour le traitement de l'eau. C’est le plus grand concurrent du chlore et on peut regretter qu’il ne soit pas suffisamment utilisé en œnologie car son seul sous produit est l’oxygène.

Le gaz dans l’agroalimentaire

 
L’agroalimentaire a toujours été un domaine d’activité phare pour les producteurs de gaz industriels et la matière première nécessaire à la production des gaz est l’air lui-même car il contient 78 % d’azote, 21 % d’oxygène et 1 % d’argon et autres gaz rares. L’azote et le CO2 sont des gaz neutres incontournables dans l’industrie agroalimentaire : pour le refroidissement et la surgélation cryogéniques et pour l’emballage sous atmosphère protectrice. La salade en sachet se conserve plusieurs jours grâce à l’azote et les plats cuisinés congelés conservent leur aspect et leur saveur à la cuisson du fait qu’ils ont été surgelés brutalement au contact de l’azote ou du CO2. L’œnologie n’échappe pas à l’utilisation des gaz alimentaires : les chais s’équipent de plus en plus de stockages et de réseaux d’azote, d’argon et de CO2, qui leur permettent de protéger les vins de l’action néfaste de l’oxygène de l’air. Les gaz alimentaires protègent les vins depuis la récolte des raisins, la vinification, l’élevage, le transport, l’embouteillage jusqu’à la bouteille entamée. De l’usage des gaz dépendra demain la baisse de la teneur en sulfites des vins.

 


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