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Le bon raisin 2010 Le vin est uniquement du raisin transformé donc quel que soit le
mode de vinification, la qualité du vin sera directement dépendante de la composition
du raisin. L’Office International du Vin (OIV) qui fixe toutes les règles
internationales concernant la vigne et le vin, vient de donner une définition
complexe du « terroir » qui peut se résumer dans la manière
d’appréhender le potentiel qualitatif du raisin. L’influence du sol et du sous-sol, du cépage, du porte-greffe, de
la densité de plantation, sont tous des paramètres acquis dès l’installation de
la vigne. Il reste peu de moyens d’action ensuite mais ils sont fondamentaux,
c’est l’alimentation en eau de la plante et la surface foliaire disponible pour
alimenter à son tour le raisin. Les conséquences d’un judicieux pilotage de
l’alimentation en eau sont aujourd’hui bien connues et mesurables. Pour ce qui
est de l’alimentation du raisin, on parle de la surface de feuilles disponibles
par unité de poids de raisin produit. La
valeur du rapport feuilles/fruits conditionne largement le potentiel œnologique
de la vendange et la richesse du raisin en précurseurs qualitatifs du futur
vin.
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existe toutefois deux manières distinctes d'obtenir un même rapport feuilles/fruits
favorable à la qualité : la diminution du poids de récolte ou l'augmentation de
la surface foliaire.
La réglementation fixe les limites de production en hectolitres
par hectare. En Bordelais, cela correspond à une quantité de raisins pour les
vins rouges, de 5 500 à 6 500 kg par hectare. Les moyens pour obtenir ce
résultat sont multiples. Le premier consiste à limiter lors de la taille, le
nombre de bourgeons produisant des raisins ou à ébourgeonner précocement. Le
deuxième, tout aussi consommateur de main d’œuvre, consiste à éliminer les
grappes en excès. Pour savoir ce qu’il faut éliminer, il faut pouvoir estimer la
récolte par des comptages statistiques. Le poids moyen d’un grain de raisin est
connu de chaque producteur grâce aux résultats des contrôles de maturité des
années précédentes, en moyenne 1,6 gramme pour un grain de Merlot et 1,2 gramme
pour un grain de Cabernet, avec toutes les variations possibles. En comptant le
nombre de grains, très variable suivant la taille des grappes et la coulure
parfois importante des Merlot, on va estimer la récolte et les grappes ou les
fractions de grappes à éliminer après la nouaison ou après la véraison. C’est un
des investissements nécessaires à une optimisation du potentiel qualitatif de
la souche de vigne indispensable à la production de grands vins. De nombreuses études ont démontré l’intérêt d’une gestion du
rapport feuille/fruit dans l’amélioration du potentiel des raisins corrélé avec
le niveau qualitatif du vin produit. Les résultats sont contrastés en ce qui
concerne les cépages blancs, par contre la richesse du raisin rouge est
directement liée à la surface foliaire qui l’alimente. Le chiffre de 1,5 à 2 m2
de surface foliaire par kilogramme de raisin est communément admis dans
le Sud-ouest de la France comme un objectif à atteindre. C’est avec ce rapport
que l’on améliore la richesse en sucre mais aussi en polyphénols et en
anthocyanes qui sont essentiels à l’élaboration d’un grand vin rouge. Dans
notre contexte bordelais, cela signifie qu’une vigne produisant en moyenne 6 000
kg de raisin, doit avoir de 9000 à 12000 m2 de feuillage par
hectare. Pour simplifier les calculs, on considèrera que la hauteur du
feuillage multipliée par la longueur des rangs et par les deux faces, constitue
la surface foliaire à l’hectare. Ainsi, des vignes avec un écartement de 2 m
doivent avoir 0,9 à 1,2 m de hauteur de feuillage (la hauteur de rognage
pouvant atteindre 2 m) par contre, avec un écartement de 3 m, il faut de 1,5 à
2 m de hauteur de feuillage, ce qui est difficile à atteindre mais nécessaire.
Dans
le but d’aérer les raisins et de les exposer à la
lumière, l’effeuillage est souvent préconisé
du coté du soleil levant après la
nouaison et de l’autre coté après la
véraison. Il convient toutefois d’être
prudent et mesuré car les fortes chaleurs de
l’été peuvent atteindre les 40°C à
l’ombre et s’il n’y a pas d’ombre, le raisin
peut sérieusement cuire et
disparaitre en pure perte. La pratique de l’effeuillage est
risquée car elle peut
générer de nombreuses blessures aux grains de raisin et
surtout en fin de
saison, entrainer des altérations indésirables à
la veille des vendanges. Des
alternatives à l’effeuillage peuvent parfois être
plus efficaces. Par exemple,
lors des opérations d’ébourgeonnage et
d’épamprage, si l’on enlève les
contre-bourgeons et surtout les entre cœurs, la densité du
feuillage permettra
de faire l’économie d’un effeuillage tardif. De
plus, si celui-ci est trop
important, il faut en tenir compte dans le calcul de la surface
foliaire qui se
trouve ainsi très pénalisée. Que dire du potentiel
qualitatif de ces vignes effeuillées
jusqu’à mi-rameau et qui dans un « naturisme
végétal » indécent n’ont
plus que quelques jeunes feuilles pour enrichir les raisins en
éléments
essentiels ?
Dès le mois d’août, la fièvre gagne le viticulteur
et l’Œnologue car le challenge est tous les ans différent : quand faut-il
vendanger ? Les contrôles de maturité permettent de faire des courbes
d’évolution de la composition des raisins plusieurs semaines à l’avance. Les
analyses de laboratoire sont aujourd’hui très complètes sous réserve d’un
échantillonnage représentatif avec les déterminations classiques, complétées
par la méthode CASV et Glories pour la maturité phénolique. Maintenant, l’industrie propose d’envisager
l’utilisation d’appareils de mesure souvent très sophistiqués, qui doivent
encore faire leurs preuves à la vigne. Il est possible de faire des mesures directement
sur les grappes grâce à des appareils faisant appel à la spectrométrie, à la
vision numérique mais aussi à la fluorimétrie qui sont des techniques
habituelles de laboratoire. On peut ainsi directement sans toucher le raisin
sur souche, mesurer expérimentalement sa composition chimique, modéliser
le potentiel couleur et doser l’azote assimilable des raisins au
cours de la maturité.
Ce sont des méthodes non destructives qui permettent de
nombreuses déterminations.
Les appareils connus actuellement sont : le Spectron de la
société Pellenc,
géolocalisé grâce à un GPS
intégré, qui peut mesurer le sucre,
l’acidité, les
anthocyanes et la teneur en eau et le Multiplex de la
société Force A qui peut
permettre l’évaluation de l’accumulation des
anthocyanes. Egalement,
pour analyser des échantillons de raisins, il existe de nouvelles machines en
cours de validation : le Luminar
5030 de la société ISITEC Lab. en spectrométrie proche infra-rouge, l’Awmètre
Labmaster de la société Novasima, sur le savoir faire de l’Université de
Bordeaux, le Dyostem de la société Vivélys surtout pour les blancs aux profils
aromatiques choisis, le Qualirys Grappe de la société Sodimel et l’analyseur
MTO1 de Maseli Misure. A Blanquefort, l’IFV et la Chambre d’Agriculture de la
Gironde réalisent un important travail de validation de ces matériels mis à la
disposition des vinificateurs. Pour l’Œnologue de terrain, bien sûr, toutes
les mesures sont utiles mais rien ne remplace la dégustation technique des
baies de raisin, pour choisir avec le viticulteur, le moment idéal de récolte
pour son objectif de production. |
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