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L’élevage des vins rouges Le but de l’élevage est d’affiner le vin après les fermentations
et de permettre à ceux qui le méritent d’acquérir un potentiel de
vieillissement harmonieux en bouteilles. Les grands vins rouges n’expriment
vraiment leurs qualités qu’à l’issue de la période d’élevage. Au cours de cette
étape, le vin va gagner en finesse et en complexité. Sa couleur évolue puis se
stabilise, ses tanins s’assouplissent, ses arômes gagnent en diversité. Durant
cette période d’à peu près un an interviennent naturellement un certain nombre
de transformations physico-chimiques qui conduisent à une parfaite limpidité, à
une meilleure stabilité du vin, ainsi qu’à un affinement de ses caractères organoleptiques.
Ces phases d’élevage décisives sont conduites en fonction du vin élaboré et du
profil recherché (structure, complexité aromatique, positionnement marketing…).
Les mécanismes sont lents, complexes et délicats pour le vinificateur. L’évolution de la
couleur Le vieillissement des
vins rouges se traduit visuellement par l’atténuation de la couleur vive des
vins jeunes et par l’évolution de leur teinte. D’un rouge vif, tirant parfois
vers le violacé, elle acquiert progressivement des nuances orangées. Les
anthocyanes, responsables de la couleur des vins jeunes, sont très instables et
réactives. Elles disparaissent rapidement au cours de la conservation en se
polymérisant avec les tanins. L’évolution des
tanins La perception
gustative des vins évolue également au cours du vieillissement. Les sensations
d’amertume ou d’astringence des vins jeunes s’estompent et ils gagnent en
rondeur et en souplesse. Les tanins, à la fois amers et astringents responsables
de la dureté des vins jeunes sont extraits de la pellicule du raisin et des
pépins. Ils disparaissent progressivement dans le vin grâce aux combinaisons
avec les anthocyanes. Les tanins formés sont alors plus souples et les vins
perdent leur amertume. Ils peuvent néanmoins conserver ou acquérir un caractère
d’astringence ou de sensation de sécheresse. Cela signifie souvent que l’on
avait un déséquilibre dans le raisin entre les anthocyanes et les tanins et que
l’on est allé trop loin dans l’élevage. Au lieu de s’arrêter à un stade de
rondeur et de souplesse idéal, on a formé des composés tanniques indésirables.
Tout l’art de l’élevage sera de savoir quand s’arrêter et cela varie selon le
millésime et les caractéristiques des raisins. L’expérience montre qu’aujourd’hui
l’élevage traditionnel de 12 à 24 mois devrait parfois être réduit à une
période plus adaptée à un vin moderne de 9 à 18 mois, même pour un vin de
longue garde. L’évolution
aromatique Elle dépend de
nombreux facteurs et notamment des cépages et des conditions de production. Des
températures de fermentation élevées par exemple, vont favoriser l’extraction
des tanins au détriment des composés aromatiques. Ainsi, pour un même cépage
avec des températures de fermentation différentes, l’évolution ne sera pas la
même et le potentiel de vieillissement sera plus ou moins développé. De même un
vin élevé en cuve ou en barrique par exemple ne s’orientera pas vers le même
profil aromatique. L’évolution classique est caractérisée par une diminution du
caractère fruité, propre aux vins jeunes. Il laisse place à des odeurs plus
complexes, qui forment le bouquet caractéristique des vins vieux. Cette
évolution est d’autant plus grossière et rapide que la température de
conservation est élevée. L’oxygène : compagnon de l’élevage L’oxygène est un élément clé de l’élevage des vins
rouges. L’élevage
traditionnel en barrique permet un
contact ménagé et permanent du vin avec l’air. L’apport annuel d’oxygène est de
l’ordre de 20 à 40 ml / litre / an. Il intervient pour moitié lors des
soutirages (3 à 4 ml /
litre /soutirage) et pour moitié par les échanges qui se produisent à la
surface du vin. Il participe à l’évolution des composés phénoliques et
donc à l’assouplissement des tanins et à la stabilisation de la couleur. L’apport
d’oxygène modifie le profil aromatique et atténue les phénomènes de réduction
et certains arômes végétaux. Mais attention, comme pour tout en œnologie,
l’excès peut détruire certaines molécules responsables des arômes de fruit
parfois chimiquement très sensibles à l’oxygène. C’est pourquoi un apport
d’oxygène brutal devra se limiter à 4mg/l surtout si la température du vin est
au dessous de 15°C, afin de ne pas dépasser le seuil de saturation. C’est la
quantité d’oxygène que l’on dissout par simple pompage au soutirage. Conclusion L’élevage, qu’il
soit en cuve ou en barrique vise plusieurs objectifs que l’on peut regrouper selon
trois axes : la stabilisation de la couleur par modification des structures
phénoliques (assouplissement des tanins), l’obtention de la limpidité et le développement
des arômes secondaires. Il existe de nombreux paramètres qui jouent sur la qualité de l’élevage (la durée,
la température, l’oxygène dissous, l’addition de produits œnologiques ou de
morceaux de bois, etc…). L’utilisation de barriques pour loger les vins à
élever est l’un de ces paramètres. L’élevage en barrique Le passage
sous bois doit être raisonné avec la même rigueur et la même précision que tous
les autres actes œnologiques, en prenant en compte les risques et les limites. La qualité d’un vin peut seule décider de
son élevage sous bois alors que l’inverse n’est pas vrai. Les contraintes techniques : Il
faut
d’abord avoir à l’esprit que l’élevage
en fûts est très consommateur de main-d’œuvre.
Toutes les manipulations et interventions sur les barriques (elles sont
nombreuses) sont manuelles et lentes car elles demandent de
l’attention et du
soin. Les risques microbiologiques (bactéries acétiques et levures de
contamination) sont accrus dans les barriques en raison du contact permanent
avec l’oxygène. Une éventuelle contamination par des levures de type
Brettanomyces est moins facilement
perceptible car si elle n’engendre pas d’augmentation d’acidité volatile elle
modifie les caractéristiques organoleptiques du vin. Elle est détectable d’abord
par la dégustation, la quantification des cellules vivantes par PCR ou le
dosage des phénols volatils qui sont devenus des analyses de routine dans les
laboratoires. Pour se prémunir de tous ces risques, il est nécessaire d’ouiller
très régulièrement les barriques conservées bonde dessus, de limiter les sources
de contamination par une bonne hygiène intérieure et extérieure des fûts (beaucoup
de contaminations proviennent de mauvaises bondes ), de conserver une température basse et stable dans le chai
(inférieure à 16 °C) et de maintenir le SO2 actif dans le vin toujours supérieur
à 0,6mg/l. Les contraintes économiques Le prix des
barriques peut varier du simple au double sans justification systématique et
des essais répétés et prudents permettront de réaliser un choix adapté à son
objectif de production. Une barrique qui a élevé des vins pendant 36 mois est
considérée comme usée. Les remplacements nécessitent donc une gestion pointue.
Les pertes en volumes évaporés au cours de l’élevage peuvent dépasser 5% et
elles doublent pour une conservation à 22°C au lieu de 12°C ou avec une
hygrométrie de 50% au lieu de 80%. Pour toutes ces raisons, l’option d’un élevage
en cuve avec des morceaux de bois est à considérer, sachant que les contraintes
techniques sont moindres et que le savoir faire œnologique est sans cesse
amélioré. Le consommateur éclairé, le dégustateur averti, le professionnel
expérimenté, tous diront rêver de vins ayant goût de fruit et sans barrique,
mais force est de constater qu’il n’y a pas de grands vins, surtout ceux bien
notés par les critiques, qui ne soient pas boisés. |
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