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La filtration des vins Le
vin est du jus de fruit fermenté et donc naturellement trouble. Pour
l’apprécier, limpide et brillant, il faut presque toujours le filtrer. Des
questions se posent alors : cette filtration risque t’elle d’amaigrir le
vin ou bien, si on enlève quelque chose, le goût va t’il être modifié ? La
réponse est non et nous allons voir pourquoi. La filtration du vin Au
cours de l’élevage du vin, par des soutirages et des collages, on améliore la
limpidité en éliminant les particules et les microorganismes en suspension qui
sont responsables du trouble. La commercialisation du vin réclame en plus, une
parfaite brillance que l’on va obtenir par filtration. En général, un filtre
est un tamis plus ou moins fin à travers lequel on passe le vin pour en
éliminer des particules plus ou moins grosses. Le trouble du vin se mesure en
unités NTU et l’œil considère le vin brillant à moins de 1 NTU pour le blanc,
moins de 1,5 NTU pour le rosé et moins de 2 NTU pour le rouge. Cela veut dire
que cet objectif à atteindre n’a pas besoin d’être dépassé et la filtration
doit donc être raisonnée afin de respecter ces critères. En fait, il s’agit d’enlever
ce qui est nécessaire et pas plus. Il faut impérativement éviter ce que l’on
appelle la surfiltration, définie par Hervé ROMAT (Œnologue Bordelais
spécialiste de filtration) comme « la
filtration effectuée par des particules ou colloïdes retenus en surface du
matériau, exerçant une rétention beaucoup plus importante et non maîtrisée, que
par le matériau lui-même ». Les particules retenues dans les pores du
filtre, créent des pores beaucoup plus petits qui retiennent alors des
molécules que l’on ne souhaitait pas enlever afin de ne pas modifier le goût du
vin. En effet, les constituants colloïdaux du vin que sont les polysaccharides,
les mannoprotéines, la matière colorante et les tanins ont un rôle déterminant
dans la dégustation et leur taille ne dépasse pas 0,2µm. Il n’y a donc aucune
raison de les éliminer avec un filtre même très serré de 0,65µm si la
filtration est bien conduite et que l’on évite la surfiltration. Pratique de la filtration La filtration précoce est utilisée pour les
moûts frais et pour améliorer la stabilité microbiologique du vin nouveau mais
aussi pour éliminer les particules végétales en suspension dans les vins de
presses et éviter d’avoir des goûts herbacés indésirables et habituels avec
certains types de pressurages. Pour cela on utilise des filtres à pré couche de
terre de filtration qui sont des filtres presses ou des filtres rotatifs sous
vide. Le grand pouvoir colmatant de ces vins nécessitent l’utilisation de
filtres à alluvionnage continu qui offrent des possibilités d’adaptation très
larges. Les filtrations
finales avant mise en bouteille ne sont plus désormais empiriques mais sont
préparées en laboratoire afin d’éviter ce phénomène de surfiltration. La mesure
du volume
maximum au colmatage (Vmax) donne une indication de la
filtrabilité sur membrane. La mesure de l’indice de colmatage donne une
indication de la facilité à être filtré sur membrane par chronométrage du temps
nécessaire au passage d’un volume déterminé. Ces tests ne sont utilisables que
sur des vins susceptibles d’être filtrés sur membrane. Dans les autres cas, il
n’existait rien avant l’arrivée du CFLA (Critère de Filtration Lamothe&Abiet)
mis au point par Gaëlle Reynou et Hervé ROMAT. Ce critère nous permet maintenant
de prévoir le type de filtre utilisable pour un produit donné et un résultat souhaité
en évitant cet inconvénient de la filtration, la surfiltration, qui s’avère
être le seul. Les milieux filtrants Les terres filtrantes
ou diatomées
sont issues de carrières fossiles puis broyées et calibrées selon une
granulométrie précise donnant une perméabilité exprimée en darcies qui
conditionne le débit du filtre. Les terres de faible perméabilité (inférieure à
0,5 darcies) sont en général roses alors que toutes les autres sont blanches. Les perlites sont issues de
roches volcaniques concassées et tamisées pour présenter une granulométrie
choisie comme les diatomées. Ces terres de filtrations adsorbent du vin et les
résidus sont indestructibles, ce qui pose le problème des rejets de filtration. Les plaques
filtrantes
sont utilisées depuis longtemps et sont composées de fibres cellulosiques
associées à des terres de filtration ou d’autres adjuvants. Les membranes sont en général
synthétiques et les plus récentes qui sont minérales ou en céramique ont
l’avantage d’être inaltérables. Le frité d’inox est un matériau
spécifique, de porosité choisie et absolument neutre. Les types de filtre Les filtres à
alluvionnage
continu utilisent des perlites ou des diatomées et permettent des filtrations à
gros débit mais avec parfois des rétentions de matière très importantes pouvant
provoquer de la surfiltration. Ces filtres permettent la filtration
dégrossissante mais aussi la préparation à la mise en bouteille. Les filtres rotatifs
sous vide
sont constitués d’un tambour rotatif horizontal poreux sur lequel on dépose une
couche de terre de filtration qui est raclée au fur et à mesure du colmatage.
Ce type de filtre permet de clarifier des produits très chargés en matières en
suspension comme les jus frais et nécessite un savoir faire très technique. Les filtres presses ressemblent à des
filtres à plaques et fonctionnent comme un filtre à alluvionnage continu avec
une pré couche de terre filtrante déposée sur un support en toile. Ce filtre
est assez facilement transportable et permet la filtration de produits troubles
comme les bourbes ou les vins de presse. Les filtres à plaques permettent de tenir
des plaques filtrantes verticalement et assurent l’arrivée du vin brut et la
sortie du filtrat. Ce matériel très répandu et polyvalent est utilisé dans les
petits ateliers d’embouteillage. Les filtres
lenticulaires
sont le prolongement d’un filtre à plaque. A l’intérieur d’un cylindre souvent
en inox, les milieux filtrants forment des lentilles creuses connectées à un
tube central collectant le vin filtré. Ces filtres polyvalents et souvent en
série permettent les filtrations finales stériles et peuvent être régénérés. Les filtres
tangentiels
sont constitués de réseaux de microfibres assemblées en modules. Le liquide à
filtrer est envoyé sous forte pression tangentiellement à la membrane. Ce
système permet la filtration de tous les produits mais le coût très élevé et le
débit faible limite son développement. De plus les seuils de rétention peuvent
être poussée au-delà de 0,2µm et générer une surfiltration indésirable. Le
pilotage en est donc délicat. Le filtre à inox
frittés
est encore peu répandu mais sa régénération est infinie et il ne produit aucun
rejet difficile à traiter. Le
génie œnologique nous offre de nombreux outils pour obtenir la limpidité
indispensable du vin à commercialiser. Si la technique employée évite la
surfiltration, alors on obtient un vin brillant dont la dégustation en sera toujours
améliorée. |
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