Primeurs 2010

 

Depuis plusieurs jours, le monde viticole est concentré sur la dégustation des vins primeurs° et attend avec impatience les notations des critiques célèbres. Mais bien avant les vendanges, les Œnologues sur le terrain savaient que le millésime 2010 serait le plus riche jamais récolté à Bordeaux.

 

Les grands vins rouges de 2010

 

Plusieurs semaines avant la récolte, nous savions qu’il n’y avait jamais eu autant de richesses dans les raisins autant en couleur et en sucres, qu’en acidité et en polyphénols. Les conditions du millésime et les mois de septembre et d’octobre, ensoleillés et radieux, devaient permettre de valoriser ce potentiel qualitatif énorme. Une particularité supplémentaire n’a pas échappé aux techniciens, c’est la maturité des pépins qui était particulièrement aboutie cette année, surtout sur les merlots. C’est sans doute en partie pour cela que ce millésime est si impressionnant. Ainsi, la contribution des tanins de pépins à la concentration totale en polyphénols était la moitié d’une année classique. Or, les tanins de pépins ont la particularité d’être beaucoup plus astringents que les tanins de pellicule et c’est la raison pour laquelle, en 2010, on a des vins extrêmement concentrés, avec parfois 30 à 50% de tanins de plus que d’habitude, mais avec du volume sans agressivité et une longueur en bouche sans amertume. Encore fallait-il récolter au bon moment et vinifier avec le plus grand soin. Je l’ai déjà dit et je le répète, si tout était bon à prendre dans le raisin ; il suffirait de passer la vendange au mixeur et vinifier en jus, on n’aurait plus besoin de piloter les extractions et de gérer les marcs et les vins de presse. Tout l’art du vinificateur est d’extraire les bons éléments du raisin et de laisser les composés négatifs dans le marc. La présentation des vins nouveaux va effectivement révéler les promesses contenues dans les mesures de laboratoire. Ainsi, nous allons faire le tour du vignoble en dégustation pour découvrir ce qui fait que ce millésime est encore plus exceptionnel que 2009.

 

Les Bordeaux et les Côtes

 

La première qualité de ces vins nouveaux est la couleur, intense et éclatante, responsable de la renommée des vins de Bordeaux. Il ne s’agit pas seulement de violet ou de violine et parfois du noir, il s’agit d’un rouge profond avec au fond du verre des éclats rubis comme autant de pierres précieuses. Les conditions du millésime et notamment l’ensoleillement le jour et la fraîcheur des nuits d’été ont favorisé la concentration en anthocyanes responsables de la couleur rouge. De plus les grains plutôt petits à la récolte ont accentué cette concentration naturelle. En parallèle, les arômes de fruits rouges deviennent la marque du millésime et les arômes de cerises charnues trouvés dans le raisin sont bien révélés dans le vin nouveau. La maturité des tanins a permis de donner un bon volume en bouche et un liant à toutes ces qualités naturelles. La zone des Côtes est un peu hétérogène cette année et il semble que les Côtes de Bourg et un peu les Blaye Côtes de Bordeaux aient eu un stress hydrique plus prononcé qu’à Castillon, Francs ou Cadillac. Les vins y seront un peu moins concentrés qu’en 2009 où ils étaient particulièrement expressifs. Mais il faut savoir que, comme les Bordeaux supérieurs, ils pourront être sur le marché dès cette fin d’année et les connaisseurs (parce que ce sont aussi des vins de connaisseurs) pourront donc les déguster au sommet de leur expression aromatique de fruit. Quoi qu’il en soit, c’est sans hésiter dans ces zones là que l’amateur éclairé trouvera le plus extraordinaire rapport qualité prix Les autres appellations, souvent plus restrictives, font l’objet en général d’un élevage plus long, souvent en barrique, et donnent des vins de garde d’un tout autre profil mais avec à coup sûr une grande aptitude au vieillissement.

 

Le Médoc

 

Dans ce temple du cabernet sauvignon, la dégustation des vins primeurs promettait de faire exploser le compteur aromatique du fruité dans les vins. C’est le cas dans les vins réussis et il faut reconnaitre que l’on est face à une collection de grands vins, massifs et imposants comme le vignoble. Le millésime 2010 en Médoc a produit des vins carrés, pour ne pas dire cubiques dont seul l’élevage et le temps finiront d’arrondir les angles. Le perfectionnisme de certains vinificateurs, anxieux d’extraire la quintessence de ce fabuleux millésime, les a parfois conduits à une puissance qui ne nous permettra pas d’apprécier ces chef-d’œuvres avant quelques années en espérant que d’ici là on n’aura pas perdu ces arômes primaires de raisin qui sont avant tout les témoins de l’empreinte du terroir. Comme l’année dernière, le cabernet sauvignon, quand il mûrit sur son terroir de prédilection, donne des vins inégalables et inimitables, et il faut bien reconnaitre leur supériorité. C’est pourquoi on trouve des vinifications particulièrement réussies qui intègrent parfois de beaux merlots et quelques petits verdots parfaitement mûrs, très étonnants comme en 2009. Ces derniers donnent ce supplément d’âme qui font les grands vins, classés ou non, délices des consommateurs patients.

 

Le Libournais

 

Disons le tout de suite, c’est la grande réussite du millésime 2010. Dans tout le secteur, on a des merlots d’une rare concentration en tout. Du fruit avec beaucoup de sucres dans les raisins, de la couleur avec beaucoup de tanins dans les pellicules et des pépins mûrs. Le vinificateur n’a plus qu’à éviter les dérives fermentaires et le vin exceptionnel (ce mot n’est pas galvaudé) est né. On peut qualifier ces vins d’ovale car déjà ronds en bouche, avec du volume et une belle persistance aromatique. De plus l’originalité du secteur ajoute à cette friandise, des cabernets francs, mûrs à souhait, avec de la couleur, des aromes fruités envoûtants et une structure tannique fraîche et veloutée qui est peut-être la définition d’un grand vin rouge de Bordeaux réussi. Cet équilibre entre la rondeur et la fraîcheur fait de Bordeaux un vin unique que le monde entier nous envie. Comment imaginer qu’un Pomerol avec plus de 14% d’alcool et près de 7 grammes par litre de tannins serait à la fois velouté et frais, aromatique et persistant. Ces vins de rêve pourront être dégustés dès la mise en bouteille et pendant plusieurs décennies, autrement dit l’idéal. Le millésime 2010 est la démonstration de cet équilibre fantastique que chaque vinificateur rêve d’avoir réalisé une fois dans sa vie.

 

Les vins blancs :

 

L’été 2010 normalement chaud a été caractérisé par des amplitudes journalières de plus de 14°C. Les nuits assez fraîches ont été à l’origine de la richesse aromatique des raisins alors que l’ensoleillement et le régime d’alimentation en eau ont augmenté la richesse en acides et en sucres. C’est la raison pour laquelle on a pu récolter des raisins mûrs à point et produire ainsi des vins d’une grande complexité aromatique tout en gardant la fraîcheur nécessaire à l’équilibre. Le sémillon décrié pour sa faiblesse aromatique est devenu expressif, fruité et floral avec un volume en bouche permettant de mettre en valeur les sauvignons. Les muscadelles qui redoutent la pluie, sont récoltées depuis plusieurs année sous le soleil et donnent des vins typés et originaux qui complètent cette réussite du millésime.

Comme pour les vins blancs secs, les liquoreux ont eu cet équilibre et cette grande richesse qui promettent des dégustations d’une rare intensité.

 

 


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