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Le secret du millésime 2010
Les vins de la récolte 2010 seront parmi
les meilleurs que le vignoble de Bordeaux aura jamais produits. Après un
exceptionnel millésime 2009, savoureux et élégant, délicieux et complexe, la
récolte en cours va donner naissance à des bouteilles rares et de longue garde.
Nous allons essayer de comprendre pourquoi 2010 mérite tous les qualificatifs.
La vigne et le climat
La
période hivernale plutôt froide a entraîné un débourrement tardif. Un mois de
mai instable avec une période froide et humide a ralenti la croissance de la
végétation. Les alternances de journées fraîches et d’autres plus clémentes ont
perturbé la floraison et entraîné parfois du millerandage sur les merlots.
L’été sec avec des nuits fraîches a permis de maîtriser facilement la situation
sanitaire et de maintenir un stress hydrique constant mais modéré, idéal pour
la production de précurseurs d’arômes et de polyphénols. Tous ces éléments sont
indispensables à la production de raisins destinés à devenir des grands vins. Les
données climatiques de l’URABLT à Grézillac (cf. tableau) montrent très bien
que tous les mois, sans exception de décembre 2009 à août 2010, sont en déficit
de pluies par rapport à la moyenne des 30 dernières années.
SOURCE
Union Régionale Agricole de Branne Libourne Targon Pour résumer les conditions climatiques
favorables de l’année, il y a eu des périodes ensoleillées et chaudes avec des
nuits fraîches tout au long de la croissance des raisins, une véraison ralentie
par le stress hydrique et une absence quasi totale de Botrytis à l’exception
des zones d’entassement. Le raisin se trouve ainsi enrichi en
éléments de base constituant le vin : arômes et couleur, richesse tannique
et sucres. La touche finale est apportée par les belles journées de septembre et
octobre qui auront permis un aoutement parfait des bois et une maturité complète
des pépins qui en plus sont peu nombreux
. C’est là sans aucun doute un des secrets du millésime. Des analyses faites au laboratoire à Grézillac
permettent de qualifier le potentiel polyphénolique selon la méthode de la
faculté d'Œnologie de Bordeaux dite méthode GLORIES. Ces données montrent une richesse
exceptionnelle en anthocyanes totales qui dépassent 2000mg/l et souvent
3000mg/l alors qu'une année normale on parle de bons résultats à partir de 1500
mg/L. Même si l'extractibilité de ces anthocyanes reste à un faible 50%, cela
donnera des vins finis à la teneur rarement atteinte sur merlot, de plus de
1200 à plus de 1500mg/l d'anthocyanes. Cette richesse s'accompagne toujours de
sucrosité, de volume en bouche, d'arômes et bien sûr de ce qui est la première
qualité du vin de Bordeaux : sa couleur. La contribution des tanins de pépins à
la richesse polyphénolique totale est en dessous de 25% et même souvent en
dessous de 20% alors que dans ce que l’on qualifie de bonne année, elle se
situe aux alentour de 35%. Cela signifie qu’il y aura beaucoup de tanins de
pellicule pour une belle structure du vin et peu de tanins amers et astringents
venant des pépins peu mûrs. Pour finir, l’acidité est élevée, cela donnera une
fraîcheur garante d’une grande aptitude au vieillissement. Tout cela mis bout à
bout possède un nom connu et démontré en 2010 : le grand terroir des
vins de Bordeaux.
Les appareils de récolte mécanique sont de plus en plus dotés de
systèmes de nettoyage des grappes qui éliminent les particules végétales
indésirables dès la vigne, ce qui constitue le tri idéal. Les chantiers de tri
manuel sont aujourd’hui également aidés par des machines électromécaniques et
électroniques souvent très sophistiquées (et couteuses) qui permettent
également de mettre le seul grain de raisin en cuve.
La teneur élevée en sucres, régulièrement supérieure à 250g par litre de moût, depuis quelques années, impose des précautions que l’œnologie moderne met à notre disposition. La flore indigène est toujours prête à consommer les nutriments indispensables à la levure et seule l’utilisation d’un levain sélectionné est la garantie d’une fermentation régulière et complète. La macération pré fermentaire à froid, (pratique risquée et contestable dans son efficacité si elle est mal conduite), ne se conçoit qu’à des températures inférieures à 6°C sous peine de contamination ou de production d’acescence. Une fermentation contrôlée, dont le début se déroule à basse température, permet une bonne extraction en douceur en phase aqueuse, sans inconvénients. Le levurage précoce s’accompagne nécessairement d’une correction de l’azote assimilable indispensable à la croissance de la levure et d’apports de nutriments apportant des vitamines et facteurs de survie permettant la transformation complète des sucres. Ces produits œnologiques sont généralement des extraits de levures elles-mêmes et donc des produits naturels de la transformation du raisin en vin.
Les principaux composants d’un vin
rouge, en dehors du sucre et des acides, sont issus de la peau du raisin. Les éléments
indésirables étant les plus difficiles à extraire, il faut donc aller chercher
les bons sans toucher aux mauvais. C’est tout l’art du vinificateur de réaliser
au cours de la cuvaison les remontages, les délestages ou les pigeages et toutes
les pratiques nécessaires pour cela.
L’analyse et la dégustation vont servir à piloter ce travail délicat et
fondamental s’accompagnant d’aérations contrôlées pour apporter l’oxygène aux
levures et permettre le début de la fixation de la couleur rouge par
polymérisation des anthocyanes. Des enzymes d’extraction facilitent ce travail
et améliorent le rendement en jus de goutte ainsi que la clarification
naturelle du vin nouveau.
Indispensable à la production de vin
rouge stable, elle peut se préparer pendant la fermentation alcoolique par
inoculation avec un levain choisi. En effet, la période entre la fin de la
fermentation alcoolique et le début de la fermentation malolactique dure
souvent plusieurs semaines et ce « vide microbiologique » est souvent
l’occasion pour des levures de contamination du type Brettanomyces de se
développer, produisant plusieurs mois plus tard des phénols volatils
indésirables car masquant le fruit et développant des odeurs animales. La maîtrise des températures Les macérations sont facilitées en début de fermentation alcoolique avec une température inférieure à 20°C, l’extraction des tanins, délicate à maitriser, se fait mieux en fin de fermentation à 28 ou 30°C. Les fermentations malolactiques se déroulent à 18°C sans problème, surtout s’il n’y a pas de variation de température. On comprend dès lors l’importance pour la qualité du vin fini, de la maitrise des températures de vinification. De plus, la conservation pendant l’année à des températures inférieures à 15°C permet d’éviter les déviations organoleptiques et la conservation de l’extraordinaire fruité du millésime 2010. Faire
un vin dont les aromes viennent du raisin, n’est-ce pas le seul moyen d’exprimer son
terroir ? |
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