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Les difficultés du millésime 2010 L'Avenir Agricole Novembre 2010 Le mois de novembre
correspond à la période de transition entre les fermentations alcooliques et les
fermentations malolactiques. Ces deux étapes sont nécessaires pour transformer le jus de raisin en vin. Les agents responsables
de ces fermentations sont des microorganismes naturellement présents sur le
raisin et il ne s’agit donc pas d’alchimie mais de microbiologie. Or la nature,
malgré sa grande bonté, n’a pas prévu que l’homme voudrait faire du vin. C’est
pourquoi, un certain nombre d’embûches nécessitent à ce stade une vigilance de
tous les instants. Les causes d’un achèvement difficile des
sucres Un vin sec ne doit
plus contenir de sucres fermentescibles donc, pour cela il faut que la
fermentation alcoolique soit complète. Malheureusement de nombreux facteurs peuvent
entrainer un achèvement difficile. La
carence en azote assimilable limite
la multiplication des levures et donc la population viable. La teneur en azote
d’un moût dépend du cépage, de la maturité, de l’état sanitaire, de la fumure
et du mode de culture de la vigne. En dessous de 150 mg/l d’azote assimilable,
il y a risque de carence. Elle
peut être facilement compensée par l’apport d’azote ammoniacal, réalisé de
préférence en cours de fermentation sous la forme de sulfate ou de phosphate
diammonique en fonction du dosage réalisé sur les raisins. La
carence en thiamine (vitamine B1) est rarement due à une
présence insuffisante de thiamine dans le moût. Elle est induite par l’absorption rapide
de la thiamine par des populations de levures indigènes, notamment lors des
macérations pré fermentaires non raisonnées et avec un levurage tardif ou
inexistant. Un apport préventif de thiamine peut être réalisé. La dose maximale
autorisée est de 0,6 mg/l. En
complément de son action sur la fermentation alcoolique, la thiamine diminue la
combinaison du SO2. Le
manque d’oxygène : Les besoins en oxygène
des levures sont faibles (5 à 10 mg/l). Mais, le rôle de l’oxygène est
important car il intervient dans les mécanismes de survie et de résistance à
l’alcool. Un manque d’oxygène peut donc se traduire par une mortalité précoce
des levures, rendant la fin de fermentation difficile. Ce problème se rencontre surtout dans
des vins à fort degré comme ces dernières années. Il est facile à éviter par
une aération du vin au début de la fermentation. La
température excessive ou
les chocs thermiques : une vigilance de tous les instants au cours de la
fermentation est nécessaire. Les résidus
de produits phytosanitaires : La présence de résidus
de produits de traitements, en particulier de fongicides utilisés tardivement
est souvent évoquée comme cause possible de difficulté de fermentation. Le
cuivre est également un produit toxique et le respect des doses d’utilisation
et des délais de carence doit permettre d’éviter ces problèmes. En cas d’arrêt de
fermentation ll faut relancer la fermentation le plus tôt
possible, pour éviter qu’un autre microorganisme ne se développe et ne dégrade
le vin partiellement fermenté. L’accompagnement par un œnologue s’avère
indispensable pour maitriser cette étape délicate car cruciale pour
l’élaboration du vin. Il faut rétablir les températures de fermentation
optimales de 20°C à 22°C en blanc et de 25 à 28°C en rouge. La préparation d’un
levain se réalise en général en deux temps, avec acclimatation en milieu
alcoolique. La fermentation
malolactique Le soin apporté à la vendange, l'extraction de la
matière colorante et des arômes, la fermentation alcoolique, l’équilibre tannique
par le pilotage de la macération : voilà des opérations-clés de l'élaboration
des vins. Des étapes auxquelles le vinificateur accorde toute son
attention. Et que reste-t-il pour la fermentation malolactique ? Pas
grand-chose. On lui reproche souvent d’être la cause de tous les maux : montée
d'acidité volatile, perte de fruité, retard dans le déclenchement, perte
d'argent due au chauffage nécessaire pour la démarrer, coût « exorbitant »
des bactéries du commerce… Et j'en passe ! Oui, la fermentation
malolactique est la mal aimée des vinificateurs. Très souvent, c'est uniquement
parce qu'elle est obligatoire qu'on se résigne à l'attendre et à la subir. La fermentation malolactique, appelée « malo
» ou FML par les spécialistes, transforme l’acide malique en acide lactique par
l’action de bactéries anaérobies (qui vivent sans air atmosphérique) du genre oenococcus oeni. Cela a pour conséquence
une diminution de l’acidité qui permet une stabilisation et un assouplissement
du vin, particulièrement recherchés pour la vinification du vin rouge. On
touche là à l’art de fabriquer du vin.
Ce n’est qu’au XIXe siècle que la
fermentation malolactique a été observée pour la première fois: le microscope
révélait une augmentation de l’activité bactérienne, suivie d’une augmentation
de l’acidité volatile, une sorte de deuxième fermentation souvent constatée au
printemps, dès les premiers beaux jours. La baisse d’acidité, quant à elle,
était imputée à la précipitation du tartre. La fermentation malolactique
semblait donc dégrader le vin, et on essayait à tout prix de l’éviter. Pasteur
disait : « les levures font le vin et les bactéries le détruisent ». Elle
est maîtrisée seulement depuis les années 1960. C’est la chromatographie sur
papier qui permit finalement de mesurer son état d’avancement et le Professeur
Pascal Ribereau-Gayon qui la fit entrer dans les chais. Les bactéries lactiques font partie de la vie interne
du moût et du vin. Dès le début, un équilibre s'instaure entre les multiples
espèces de bactéries et les non moins nombreuses variétés de levures. Cet
équilibre peut basculer à tout moment, souvent vers des bactéries indésirables de
contamination et parfois vers des levures du genre Brettanomyces. Brettanomyces
bruxellensis. Un
nom qui fait trembler le vinificateur soucieux de préserver les fruits de son
travail. De plus en plus, on connait les facteurs qui favorisent le
développement de ces levures d'altération. Si déjà sur un moût en fermentation, on perçoit une
odeur d'écurie, de gouache ou de vieux cuir, il est nécessaire d'intervenir d’urgence.
L’objectif est de maîtriser la croissance de ces contaminants en stabilisant le
vin au plus tôt, mais aussi en occupant le milieu vin précocement. La méthode
de co-inoculation en levures et bactéries lactiques peut être un bon outil pour
y parvenir. On considère la FML achevée lorsque la teneur
en acide malique résiduel est inférieure à 0.2 g/l. Dès la disparition de
l'acide malique, les bactéries peuvent se mettre à transformer l'acide citrique
en diacéthyle (odeur beurrée) et produire de l'acidité volatile à partir des
traces de sucres résiduels. Le vin doit donc être soutiré le plus rapidement
possible et sulfité pour obtenir 0,6mg/l de SO2 actif. Les conséquences d’une fermentation malolactique non maitrisée Si
l’on veut se faire peur, il suffit de lister tout ce qui peut se
produire : la dégradation de l'acide tartrique (maladie dite de la tourne), la décomposition du glycérol (maladie de l'amertume), la fermentation des sucres par les bactéries
lactiques (piqure lactique ), la production de glucanes par des bactéries du
genre Pediococcus qui entraine une augmentation de la
viscosité du vin devenant huileux (maladie
de la graisse), la production de phénols volatils par certaines bactéries lactiques
ou par Brettanomyces lors d'une FML languissante, la dégradation de
l'acide citrique avec production de diacéthyle, la formation de goût de
« souris » à partir d'acides aminés et de certains sucres et enfin la
production d'amines biogènes parmi lesquelles la cadavérine et la putrescine qui
peuvent masquer les arômes et la tyramine et l'histamine qui présentent un
risque pour la santé du consommateur. En résumé, une fermentation malolactique non
maitrisée peut détruire toutes les qualités venant du raisin. |
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